Essais moto

Honda Crossrunner : A la croisée des chemins?

10

NOV

2011

Facile comme une Honda, excellente position de conduite, moteur très sympa

Laide à périr (avis personnel!), protection réduite, aspects pratiques négligés

En détaillant la Crossrunner, nous restons perplexes. L'iconique VFR méritait-elle un tel traitement? Honda nous vante la Crossrunner comme le parfait compromis aux multiples usages. Prendre une VFR et lui donner des airs de trail qui ne veut pas en avoir l'air suffit-il à créer un nouveau concept?

La robe de la Crossrunner nous rebute complètement: le pari de Honda rencontrera-t-il des regards plus tolérants que le nôtre? C'est tout le mal que nous souhaitons à cette moto qui a au moins le mérite de ne ressembler à aucune autre (heureusement, serions nous tentés d'ajouter, méchantes langues que nous sommes!). Ceci posé, ce physique … difficile possède la qualité d'offrir une position de conduite formidable, une franche invitation à prendre la route. Le corps trouve immédiatement sa place avec un guidon et des repose-pied idéalement placés, une selle confortable à laquelle nous ne reprocherons qu'un profil arrondi empêchant de caler idéalement les fesses.

Décidément…

Continuons notre petit tour du propriétaire en plongeant profondément la clé de contact dans le puits de carénage. Quel gouffre! C'est sûr que partir d'un châssis de VFR pour obtenir une position avec le buste aussi droit que sur un trail oblige à certaines concessions, mais ici aussi ce qui s'offre au regard du possesseur de la Crossrunner ne pourra que le rebuter. Une finition en plastique noir ne cachant rien, un habillage de guidon digne d'un scooter bas de gamme, nous attendions mieux de la part de Honda. Enfin, si vous roulez avec un intégral, vous échapperez à cette triste vision, votre regard ne s'arrêtera vers le bas que sur le tableau de bord judicieusement haut placé. Il n'a d'ailleurs que sa position de judicieuse, le malheureux! A croire que Honda a commandé un trop grand Honda Crossrunner stock de cet illisible compteur que nous retrouvons hélas sur une bonne partie de la production du constructeur nippon. Vite, mettons nous en route, en espérant que les immenses qualités routières de la VFR n'aient pas été "redessinées" de la même manière.

Plaisir de conduite

Ouf! Il n'en est rien, la Crossrunner est bien née et n'aura pas à rougir face à la concurrence de ses prestations. Le cadre double poutre en aluminium est en effet repris de la VFR, on retrouve les mêmes mensurations, les mêmes suspensions, les mêmes débattements. Ajoutez-y la meilleure des positions de conduite et un large guidon, vous comprendrez sans peine que la Crossrunner se place avec précision! Cette efficacité est magnifiée par le V4 de la VFR retravaillé avec succès pour obtenir un meilleur remplissage dans les basses et moyennes rotations. Le système de distribution VTEC à calage variable est conservé, mais l'effet "coup de pied au c.." si marquant sur les anciennes VFR a été soigneusement gommé, avec pour résultat un moteur disponible à tous les régimes. Opération réussie, le V4 se montre bien plus vivant et caractériel qu'un quatre en ligne de même cylindrée, même si dans cette catégorie un bicylindre nous paraît bien suffisant.

Un peu frustrant…

Le V4 sait se montrer souple, reprenant dès 2500 trs/min en sixième, faisant mieux que de la figuration dans les mi-régimes, et crachant sa fougue au delà de 7000 trs/min, dans un bruit rageur tout-à-fait Honda Crossrunner réjouissant. Ceci dit, si vous voulez faire péter les chronos, vous en serez pour vos frais: sur les rapports intermédiaires, le moteur se rue à l'assaut de la zone rouge, mais l'élan se brise sur les derniers rapports. P… de m… que se passe-t-il? Il se passe que la moto est bridée: 206 km/h au compteur en cinquième (et en Allemagne!), pareil en sixième. Ce choix sage ne semble pas dicté par les limites du châssis qui, à ces allures là, se montre impérial. Honda nous fait l'article sur une moto facile et amusante, pas sur un missile sol-sol, pourquoi dès lors vouloir taquiner le fond du compteur?

Positionnement imprécis

Contrairement à la mode actuelle, la Crossrunner ne s'encombre guère d'un attirail technologico-électronique, ce qui n'est peut-être pas un mauvais choix, mais elle offre un freinage combiné renforcé par l'ABS, un choix dont on ne peut que se féliciter, avec un bon feeling et un mordant suffisant. En rendant cette Crossrunner au terme de notre essai, nous demeurons encore perplexes sur son positionnement. Peu convaincus (et c'est peu de l'écrire!) par sa ligne, nous avons été enthousiasmés par son comportement équilibré et les prestations de sa mécanique. Cette moto agréable en toutes circonstances pêche malgré tout par une protection perfectible, avec une bulle qui soumet épaules et casque aux tourbillons d'air, un poids total trop élevé et une absence d'aspects pratiques surprenantes pour le marché visé. La Crossrunner est affichée à 10.990 €.

Texte : Wouters Bruno

Photo(s) : Wouters Bruno

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