Jensen, Austin Healey et Lotus : trois marques renommées s’affairant sur un seul modèle… Vous vous dites que l’alliance ne peut que donner de beaux résultats ? Et pourtant, cette voiture fût loin d’être un succès.





Francois Piette
12/01/2018

Finalement, tout se mettait pas trop mal pour Donald Healey… Il faut dire qu’en cette année 1967, les affaires ne tournent plus très rond pour lui. Cette année-là, la British Motor Corporation (BMC), qui allait bientôt se muer en la funeste « British Leyland », décide de mettre fin à l’Austin-Healey 3000. La relève, aux dires des dirigeants, elle sera assurée par la MGC, une MGB copieusement remotorisée par un lourd 6 cylindres de 3 litres…

Deux compères oubliés…

Après cette brutale décision, Donald Healey se voit sans voiture. Pire encore : la marque Jensen qui assemblait les Austin-Healey se retrouve avec un gros trou dans la caisse et des usines à remplir ! Et puis, il y a aussi Kjell Qvale, un Norvégien expatrié aux Etats-Unis et qui faisait recette en important des voitures anglaises. L’abandon de l’Austin-Healey est une grosse perte pour lui et il ne croit absolument pas en la nouvelle MGC. Trop proche en style de la MGB, cette dernière n’a de plus qu’une seule idée en tête : tirer tout droit au premier virage venu, moteur trop lourd oblige…

BMW, c’est Nein !

Mais la bonne nouvelle, c’est que Kjell, contrairement aux deux précédents compères, il a de l’argent ! Il décide donc, en association avec les deux Britanniques, de relancer un modèle qui porterait, fort logiquement, le nom des deux marques : Jensen-Healey. Seulement voilà, un problème s’est rapidement posé à eux : il fallait un moteur à la chose ! Incapable financièrement et techniquement de développer un moteur, ils vont d’abord tenter de faire leurs emplettes chez BMW qui finira par se désister, faute de pouvoir assumer le rythme de production imaginé par les Anglais… S’ils savaient !

Colin à la rescousse

C’est alors que ce bon vieux Colin Chapman, à la tête de Lotus, entend parler de l’histoire et flaire une bonne affaire commerciale. Il se présente donc aux dirigeants de la nouvelle firme et leur propose les services de son tout nouveau moteur : un 4 cylindres de 2 litres, tout en alliage et à deux arbres à cames en tête. Pour Healey, Vickers (PDG de Jensen) et Qvale, c’est du bonheur 100 % pur sucre : non seulement avaient-ils trouver leur moteur, mais en plus celui-ci apportait un pedigree et une aura pour le moins prestigieuse !

En un an, tout est fait !

Il n’aura fallu qu’une grosse année de développement pour mettre le projet sur la route. Seulement voilà, en un temps aussi record, tout ne peut être parfait : si l’Austin-Healey devait son succès à sa ligne ravageuse, la nouvelle venue offre des traits plats sans grâce. On ne peut dire qu’elle soit moche, mais pour un modèle censé succéder à la « Big Healey », le résultat est très décevant. Insipide, la voiture se voit de plus, rapidement confrontée à de gros problèmes de fiabilité !

Le 2 litres Lotus est une très belle pièce d’ingénierie, mais Colin Chapman n’était pas tout à fait arrivé au bout du développement du moteur et ce sont les premiers clients de la Jensen-Healey qui en firent les frais… Rajoutez à cela des délais de livraison importants inhérents aux retards de livraison du moteur Lotus et vous comprendrez rapidement pourquoi la Jensen-Healey n’a pas connu le succès qu’elle méritait.

Evolutions

Rapidement, Jensen dut mettre sa voiture en conformité avec les normes américaines et affubler son cabriolet de pare-chocs peu gracieux. En 1975, une version GT à toit fixe apparaît, mais cela ne suffisait pas pour relancer les ventes. En 1976, après un peu plus de 10.000 exemplaires, la Jensen-Healey tire sa révérence. Tuée en interne par la fiabilité du moteur Lotus, ignorée du public par la faute d’une ligne sans grâce et ridiculisée par la nouvelle concurrence des petites compactes pratiques et rapides (le phénomène GTI), la Jensen-Healey n’aura pas empêché la faillite de Jensen.

A redécouvrir

Aujourd’hui, opter pour une Jensen-Healey est un choix de connaisseur. La voiture n’est pas très courante dans les annonces : il vous faudra peut-être courir à l’étranger. Tablez sur un budget compris entre 12.000 et 20.000 € pour un bel exemplaire. La fragilité du moteur Lotus demande des soins constants et une conduite prudente. Mais en retour, la voiture mérite réellement le détour : équilibrée et vivante, l’Anglaise est infiniment plus facile et efficace que son ancêtre, la très virile Austin-Healey. Et le moteur Lotus flattera votre égo avec une belle sonorité et une sacrée santé dans les tours.





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