Plus personne ne s’étonne de voir un SUV (électrique) peser plus de deux tonnes et demie. C'est à croire que le surpoids deviendrait presque une preuve de prestige de nos jours ! Mais quitte à devoir déplacer près de trois tonnes de métal avec un format d'armoire normande, autant profiter aussi de la bande-son qui va avec, non ? On confronte donc, en cinq rounds, deux visions personnelles d’un même excès : celui du tout-terrain ultime catapulté à coup de V8. Forces en présence : le légendaire Defender revu façon 21ème siècle dans sa version surpuissante Octa d’un côté (2.546 kg à vide sur la balance). Et face à lui, le mythique Mercedes Classe G revu par les sorciers d’AMG et ses 2.640 kg de muscles !
1. Moteur : avantage AMG
On attaque notre rencontre directement par le plat de résistance : le moteur ! Sur le papier, le Defender Octa prend l’avantage. Son V8 4.4 biturbo développe, en effet, jusqu’à 635 ch. Un chiffre qui pourrait suffire à impressionner son illustre concurrent. Le Mercedes-AMG G 63 répond « seulement » avec un V8 4.0 biturbo dégainant des crochets de 585 ch. Mais les chiffres ne résument pas tout ! En vrai, ça donne quoi de titiller ces bêtes sauvages ? Assurément, c’est l’AMG qui se démarque ! Le G 63 joue une partition qui hérisse le poil : grondements sourds, montées en régime expressives et explosions démoniaques ! Avec lui, tout est théâtral et excessif !
Alors, oui, c’est un peu injuste pour le Defender Octa de ne pas remporter ce point. Car il accélère encore plus fort. Et son bloc offre une meilleure allonge. Mais comme un vrai sportif moderne, il se montre finalement « plus » propre dans l’effort. Le bloc AMG remporte donc avant tout le prix du public pour son sens du spectacle. Mais pas forcément pour sa sobriété. En conduite coulée, l’Octa s’est même montré un peu moins soiffard, avec une consommation tournant autour de 12 l/100 km, contre 13,5 l/100 km pour le G 63. Mais les modèles convergent de toute façon vite au-delà de la barre des 15 l/100 km quand on les titille un peu…



2. Châssis : avantage Octa
On pourrait ressortir le prétexte du « sens du spectacle » pour donner à nouveau l’avantage au G 63. Mais là, l’injustice deviendrait vraiment difficile à justifier par un simple bon mot ! Car c’est probablement dans ce domaine que le Defender Octa marque le plus de points face à l’AMG. Ses suspensions sophistiquées (soit des amortisseurs hydrauliques interconnectés avec des ressorts pneumatiques pour être complet) assurent un travail impressionnant. Les mouvements de caisse sont contenus, la direction est (relativement) précise et l’ensemble reste (encore plus relativement) agile. Certes, l’engin est tout de même pachydermique en conduite sportive sur la route. On n’oserait pas parler de précision chirurgicale ni de ballerine. Mais c’est finalement plus par ses dimensions qu’il pèche que par son comportement routier. En fait, il faudrait pouvoir en jouir sur de grandes pistes XXL sans circulation pour en tirer la quintessence. Mais quoi qu’il en soit, le Defender Octa, en tant que bon sujet de sa Majesté, donne clairement une leçon de maintien au Classe G AMG.
Le G 63 reste, en effet, fidèle à son ADN de showman. Et plus on le bouscule, plus il force le trait du rodéo. Il faut dire qu’il se campe sur des suspensions plus archaïques et sur un empattement nettement plus court. Bref, en conduite sportive, il est assurément spectaculaire, mais souvent caricatural et pas toujours efficace !
Côté dynamisme, le Defender prend donc l’avantage tout en se montrant, en sus, plus confortable au quotidien. Et puis on notera également qu’en tout-terrain, le Classe G semble nettement moins à l’aise que l’Octa une fois qu’il a enfilé son costume AMG…



3. Présentation et ambiance : avantage AMG
S’il n’a pas le sens de l’équilibre aussi développé que le Defender Octa, le Mercedes-AMG G 63 a toutefois celui de l’accueil plutôt affûté. À bord, l’ambiance est plus luxueuse, plus technologique et finalement plus moderne. Le système MBUX et la présentation générale du tableau de bord (qui tranche d’ailleurs de manière assez anachronique avec l’apparence extérieure qui semble avoir été figée au siècle dernier) donnent un sentiment de sophistication supplémentaire. Le Defender façon 21ème siècle présente, certes, lui aussi plutôt bien. Mais il reste un peu plus brut dans sa présentation intérieure. Plus fonctionnel, moins « bijou hors de prix », quoi ! Mais même à l’extérieur, le G 63 conserve cette capacité rare à attirer les regards avec son allure surannée inimitable. Par contre, quand il est à côté du Defender Octa, il paraît presque tout petit !


4. Vie quotidienne : avantage Octa
Basé sur le Defender 110, l’Octa semble en effet nettement plus grand dans toutes les directions. Et ce n’est pas qu’une impression : roues de secours portées en sac à dos comprises, l’Octa s’étend sur 5 m contre 4,87 m pour l’AMG. Bien sûr, on ne manquera pas vraiment d’espace dans les deux cas. Mais, à l’usage, le Defender se montre plus spacieux et globalement plus facile à vivre. Et puis, le G 63 est nettement plus bruyant (surtout sur autoroute !) en plus d’être un peu moins habitable. Au quotidien, même ses portes rappellent son caractère brut de fonderie : pour les fermer en une fois, il faut les « claquer » avec fermeté. C’est rigolo au début, mais ça peut fatiguer un peu à la longue. En revanche, le Defender Octa est encore plus compliqué à garer que le Classe G. Mieux vaut le savoir si on doit souvent aller en ville…




5. Prix : avantage Octa
Land Rover propose son Defender Octa à partir de 187.850 € en Belgique. C’est un budget. Mais Mercedes n’hésite pas à pousser le prix de départ de son Classe G en version AMG encore 10.000 € plus haut : 197.472 €.

Certes, à ce niveau, une si petite différence, c’est presque secondaire. Mais le prix final s’envole tout de même beaucoup plus vite chez Mercedes si l’on craque pour les packs ou options individuels. En version « Octa Black », le prix du Defender bondit par exemple à 200.860 €. Mais les tarifs affichés dans le configurateur AMG deviennent vite encore plus délirants. Si on clique sur « pack AMG Performance » et « pack Carbone » et qu’on sélectionne une peinture spéciale Manufaktur (plus de 7.000 € la peinture, l’air de rien !), en trois clics, on est déjà à 250.000 €. C’est sûr, le « G » justifie son étiquette de tout-terrain pour nantis… C’est vrai après tout, si on l’achète, on ne voudrait pas le voir à tous les coins de rue.




Verdict : victoire Octa
Honnêtement, il ne peut être question « seulement » de critères objectifs et raisonnables pour trancher un tel match. Donc, on pourrait facilement faire pencher la victoire finale dans le camp du Mercedes-AMG G 63. Un bolide tellement irrationnel et charismatique qu’il en reste fascinant. Mais disons que le Defender Octa représente tout de même une approche plus « cohérente » du concept du tout-terrain sportif. Le Mercedes reste celui qui fait tourner les têtes en ville. Mais si l’on devait traverser un continent libre et sauvage à toute allure, on prendrait le volant du Defender Octa !















