Nio a été l’une des premières marques chinoises à faire parler d’elle en Europe. Pourquoi ? Pour deux raisons. D’abord grâce à sa technologie de conduite (semi-)autonome, testée aux États-Unis depuis 10 ans, et ensuite grâce à son système d’échange de batteries, longtemps présenté comme sa grande particularité. Présente en Europe depuis 2021 et aux Pays-Bas depuis fin 2022, la marque n’avait toutefois pas encore fait son entrée sur le marché belge. C’est désormais chose faite, avec l’appui de Hedin Automotive qui distribue aussi Xpeng, Hongqi et Ineos dans notre pays. Mais il y a une nuance de taille : en Belgique, impossible de louer la batterie… et donc impossible de l’échanger ! Dès lors, Nio, et plus précisément ce SUV EL6, n’a-t-il pas perdu son principal argument ?
Design - Nio EL6
Une ligne épurée…
Il faut bien reconnaître que les modèles de Nio sont tous plutôt agréables à regarder ! Le langage stylistique minimaliste de la marque permet à ce SUV de paraître moins massif que ne le laissent penser ses 4,854 m de long et ses 1,995 m de large… Les poignées de porte affleurantes, les vitres latérales sans encadrement et les essuie-glaces dissimulés renforcent cette impression de pureté. Seules les trois excroissances placées au-dessus du pare-brise cassent un peu l’harmonie générale : elles abritent les caméras, radars et capteurs LiDAR du système de conduite semi-autonome… Sauf qu’en Europe, ce système ne peut pas encore fonctionner à son plein potentiel, ce qui rend ces bosses en grande partie inutiles chez nous !
… mais un habitacle assez classique
L’habitacle du Nio EL6 rentre un peu plus dans le rang. Les grands écrans et la quasi-absence de boutons physiques sont désormais devenus la norme, en particulier chez les constructeurs chinois. L’élément le plus original est cette petite « boule » posée sur le dessus de la planche de bord, qui semble vous fixer avec deux « yeux » numériques. Il s’agit de Nomi, l’assistant IA de Nio, capable de répondre à vos questions et de commander certaines fonctions du véhicule !
Pour le reste, Nio tente de se positionner comme une marque chinoise « premium » et cela se voit aussi dans le choix des matériaux ! Trois ambiances intérieures sont proposées, avec de la microfibre pour le ciel de toit. L’éclairage d’ambiance, doux et bien intégré, participe lui aussi à cette atmosphère soignée.



Expérience - Nio EL6
De l’espace à revendre
Ce qui donne surtout à l’EL6 une vraie sensation de standing, c’est l’espace offert aux passagers arrière. Avec un empattement de 2,915 m, on pouvait s’y attendre, mais le résultat est particulièrement convaincant, d’autant que les sièges arrière sont réglables électriquement ! Et avec le pack confort optionnel, ils deviennent même ventilés et massants…
Un vrai sens de la famille
L’EL6 joue davantage la carte familiale que l’ET5 Touring, plus orientée conducteur. Ce n’est pas seulement une question d’espace aux jambes : on apprécie aussi le petit écran installé entre les sièges avant pour gérer la climatisation, le store du toit panoramique et le grand coffre de 579 litres. Banquette rabattue, en trois parties, le volume grimpe à 1.430 litres. Pour ne rien gâcher, le Nio EL6 peut aussi tracter jusqu’à 1,2 tonne avec l’attache-remorque optionnelle !
Toujours pas d’Android Auto ni d’Apple CarPlay
Le système d’infodivertissement laisse une impression plus mitigée. L’écran tactile central de 12,8 pouces semblera familier à quiconque a déjà pris place dans une voiture chinoise ou dans une Tesla : comprenez que l’on y trouve beaucoup de fonctions, de longs menus et pas mal de réglages à aller chercher à l’écran. Toutefois, contrairement à bon nombre de ses rivaux, Nio ne propose toujours pas de connectivité Android Auto ou Apple CarPlay ! Pas même avec un câble ! C’est d’autant plus étonnant que Firefly, la sous-marque de Nio, l’offre bien dans sa petite citadine… Il est possible d’installer des applications via le Nio Store, mais l’offre reste très limitée. Dommage… Heureusement, le GPS intégré se montre plutôt efficace.



Conduite - Nio EL6
Une seule version, avec la grosse batterie
Comme il n’est pas possible d’échanger la batterie chez nous, Nio ne propose qu’une seule configuration de l’EL6. Heureusement, il s’agit de celle équipée de la grande batterie de 100 kWh (90 kWh nets), ce qui lui permet d’annoncer jusqu’à 529 km d’autonomie WLTP. Cette grosse batterie alimente toujours deux moteurs électriques qui développent ensemble 360 kW (490 ch) et 700 Nm, répartis sur les quatre roues. De quoi passer de 0 à 100 km/h en 4,5 secondes, avec une vitesse maximale limitée à 200 km/h.
Le confort avant tout
Sur le papier, les performances sont impressionnantes. Dans les faits, l’EL6 ne cherche pas vraiment à les mettre en avant ! Il faut placer l’EL6 en Sport ou Sport+ pour exploiter toute sa puissance, ce qui raffermit aussi légèrement l’amortissement adaptatif. Cela dit, si les accélérations sont vigoureuses, l’EL6 n’a pas été conçu pour la sportivité, contrairement à l’ET5 Touring, plus basse. Son comportement routier ne supporte pas vraiment la critique, mais il privilégie clairement le confort ! C’est d’ailleurs le mode de conduite que nous avons le plus souvent utilisé.
Au quotidien, le Nio EL6 se montre agréable à vivre. La suspension filtre bien les irrégularités, l’insonorisation est soignée et les réactions au volant comme aux pédales sont globalement naturelles. Bonne nouvelle, l’avertisseur de vitesse se désactive rapidement ! En revanche, le détecteur d’attention et l’assistant de maintien de voie, parfois trop interventionniste (surtout face aux lignes continues), doivent être coupés via le menu central. Enfin, l’habitacle se révèle fort pratique, ce qui apporte une certaine tranquillité d’esprit : on embarque tout, sans devoir se poser de questions !
Une consommation élevée
Le revers de la médaille, c’est que l’EL6 n’est pas le grand voyageur que sa grosse batterie pourrait laisser espérer ! Même dans des conditions relativement favorables, avec des températures autour de 15°C, il était souvent difficile de faire descendre la consommation sous les 20 kWh/100 km ! Sur autoroute, elle grimpait même rapidement vers 25 kWh/100 km, si bien qu’en usage mixte, on peut déjà s’estimer heureux d’atteindre 400 km d’autonomie... Et comme il n’est pas possible d’échanger rapidement la batterie, il faut patienter un certain temps : au minimum 26 minutes pour passer de 10 à 80 % (180 kW DC). Ce n’est pas mauvais, mais certains concurrents font deux fois mieux !
Pas vraiment relax sur autoroute
Nous avons en outre connu quelques difficultés avec le régulateur de vitesse adaptatif. Celui-ci semble délivrer la puissance par petites « vagues », plutôt que de maintenir une vitesse constante ! Le phénomène est même visible au tableau de bord, ce qui confirme qu’il ne s’agit pas d’une simple impression. Pour la sérénité, on repassera… C’est d’autant plus surprenant de la part d’une marque qui s’est bâtie une partie de sa réputation sur la conduite (semi-)autonome ! Tout n’est pas à jeter pour autant : l’assistant de stationnement, lui, fonctionne avec beaucoup de fluidité. Voilà un domaine dans lequel les constructeurs chinois ont clairement pris de l’avance…



Budget - Nio EL6
Quel est le prix du Nio EL6 en Belgique ?
C’est ici que les choses se compliquent. Le Nio EL6 est disponible en Belgique à partir de 67.610 euros. Pour un SUV électrique de ce format, ce n’est pas délirant, d’autant que l’équipement de série est généreux. Les options se limitent principalement à certaines teintes, à une autre sellerie intérieure, au « Pack Confort complet », au « Nomi Mate » — l’assistant IA installé sur la planche de bord — et à l’attache-remorque. Pour une version « full option », comptez un bon 7.000 euros supplémentaires… mais Hedin accorde aussi une remise de plus de 7.000 euros sur les modèles de stock affichant 0 km au compteur.
Quels sont les concurrents du Nio EL6 ?
Le problème, c’est que dans le même showroom, on retrouve le Xpeng G6 qui offre quasiment autant d’espace et de confort, une autonomie comparable grâce à une consommation plus basse, une recharge beaucoup plus rapide et un prix de départ fixé à… 41.990 euros ! Même le plus grand Xpeng G9 coûte près de 10.000 euros de moins que le Nio EL6, avec un prix de 57.990 euros. Et la liste des rivaux ne s’arrête pas là : on peut aussi citer le Zeekr 7X, proposé à partir de 53.990 euros, le Smart #5, affiché dès 46.700 euros, ou encore les BMW iX3 (65.820 euros), Volvo EX60 (62.990 euros) et Mercedes GLC electric (72.479 euros).
Verdict - Nio EL6
Nio perd-il son argument phare en arrivant en Belgique sans échange de batterie ? À nos yeux, oui. Puisque la batterie doit désormais être achetée avec la voiture, le Nio EL6 devient nettement plus cher que ses concurrents directs ! La marque revendique un positionnement plus premium, mais sur le plan du confort, de l’espace et de la présentation, l’écart avec des modèles moins chers signés Xpeng, Zeekr et consorts n’est pas évident. Pire encore : l’EL6 vient marcher sur les plates-bandes des marques européennes qui peuvent non seulement offrir une meilleure valeur résiduelle, mais aussi une bien plus grande sobriété ! Et avec lesquelles, au moins, vous pouvez connecter votre smartphone…


















